Bahreïn (A.P.Hawzah) –Citant Mir'at al-Bahrain, le dossier des 41 religieux, ouverte en mai dernier, a commencé par un communiqué officiel et une vaste campagne sécuritaire mettant en avant des accusations transfrontalières, avant de sombrer dans un silence pesant — un silence qui engloutit des êtres humains derrière des portes closes.
Au fil des semaines, les véritables dimensions de cette affaire ont commencé à apparaître : des religieux détenus dans des lieux de détention inconnus, privés d'accès à leurs médicaments, à leurs vêtements et à leurs effets personnels, des avocats soumis à des pressions et à des menaces, ainsi qu'une interdiction de tout contact ou de toute visite familiale.
La réalité sur le terrain diffère profondément de la version officielle. Il s'agit d'une détention provisoire prolongée pouvant atteindre six mois dans le cadre d'un dossier visant des religieux chiites connus pour leurs sermons, leur rôle d'orientation sociale et leurs activités religieuses publiques.
L'affaire ne concerne pas, selon ces informations, la découverte d'une organisation armée opérant dans l'ombre. Elle repose plutôt sur la transformation de tout un environnement religieux en objet d'accusation, où les éléments invoqués comprennent le khoms, les procurations religieuses (wakâla), les assemblées religieuses (majâlis), les relations entre les religieux, ainsi que les fonds appartenant aux épouses et même les tirelires des enfants.
La manière dont les autorités ont traité les avocats révèle une part essentielle de la nature de cette affaire. La majorité des avocats désignés pour assurer la défense des détenus n'ont jamais été convoqués pour assister aux interrogatoires menés par le Parquet général, lesquels se sont déroulés plusieurs semaines après l'arrestation des religieux par les services de renseignement. Les rares avocats ayant pu être présents sont ceux qui ont répondu immédiatement à ce qui ressemblait davantage à un simple appel téléphonique, puisqu'une unique sonnerie suffisait à considérer qu'un avocat avait été officiellement convoqué. Cette procédure a suscité les protestations de plusieurs avocats, auxquels le Parquet aurait répondu en les menaçant de les traduire devant le conseil disciplinaire.
C'est ainsi que la justice fonctionne aujourd'hui, selon cette description : l'avocat est empêché d'assister à la procédure, le détenu est privé de rencontrer son propre conseil, et le Parquet — censé garantir l'intégrité des investigations — devient lui-même un rouage du dispositif d'intimidation.
Les avocats qui ont finalement assisté aux interrogatoires en sont ressortis avec un constat jugé préoccupant : les éléments de preuve présentés contre les religieux seraient d'une extrême faiblesse. Le cas du cheikh Jaafar Achour en est, selon eux, une illustration significative. Connu à Bahreïn pour son engagement social, son travail de médiation familiale et son accompagnement des jeunes couples, il aurait été arrêté, d'après le contenu des interrogatoires, pour avoir rendu hommage au cheikh Hani Al-Banna lors d'une cérémonie en reconnaissance de ses activités.
La simple expression d'un hommage peut-elle constituer la preuve d'une appartenance à une organisation présumée ?
Les questions posées lors des interrogatoires mettent également en lumière, selon les observateurs, l'ampleur de la controverse juridique. Certains religieux détenus ont été interrogés sur les lieux où ils dirigent la prière, puis sur la différence entre la Wilaya de l'Imam Ali (as) et la Wilayat al-Faqih.
Il ne s'agit pas, selon cette lecture, de questions relevant d'une enquête pénale, mais bien d'un examen des convictions religieuses. L'objectif ne semble pas être la recherche d'un acte pénalement répréhensible, mais plutôt l'analyse et la remise en cause des croyances d'une communauté entière afin de les requalifier dans un cadre pénal.
Aujourd'hui, toujours selon ces informations, tout ce qui relève de l'espace religieux chiite est susceptible d'être présenté comme un indice de culpabilité : une assemblée religieuse, un sermon, le khoms, la référence religieuse (marja'iyya), les relations sociales ou encore les aides financières. Les perquisitions menées au domicile des religieux se seraient accompagnées de saisies sans distinction entre les biens appartenant aux détenus eux-mêmes et ceux de leurs familles. Les tirelires des enfants ainsi que les appareils électroniques utilisés pour l'enseignement à distance n'auraient pas davantage été épargnés, l'ensemble étant regroupé sous une même qualification.
Ce qui suscite l'inquiétude de plusieurs observateurs est le fait que les procédures judiciaires semblent avoir été engagées non pas à partir d'éléments de preuve, mais à partir du discours du ministre de l'Intérieur. Dans cette perspective, l'affaire s'apparente moins à une enquête judiciaire qu'à une décision politique cherchant ensuite sa justification juridique : le ministre de l'Intérieur aurait fixé le récit officiel, le Parquet s'attacherait à le construire juridiquement, tandis que les juges seraient amenés à le traduire en décisions de justice correspondant à une logique de dissuasion ou de représailles.
Les préoccupations qui dominent aujourd'hui parmi les familles des religieux arrêtés concernent avant tout leur lieu de détention et leurs conditions de captivité. Sont-ils retenus dans les locaux de la Direction des enquêtes criminelles ? Dans les bâtiments de l'Agence de sécurité nationale ? Ou ont-ils été transférés vers le bâtiment n° 15 de la prison centrale de Jaw, récemment associé au décès d'un détenu à la suite d'actes de torture ?
L'évolution de cette affaire place, selon cette analyse, le système juridique bahreïnien face à une épreuve majeure quant à sa propre crédibilité. Il ne s'agirait plus d'un système cherchant à établir la vérité, mais d'un mécanisme imposant son propre récit par la force.
Toujours selon les éléments révélés en coulisses, cette affaire ne refléterait pas seulement l'action d'un appareil sécuritaire ; elle traduirait surtout une volonté de contrôler l'espace religieux chiite. Elle adresserait un message particulièrement sévère à chaque religieux et à chaque prédicateur : toute expression religieuse qui ne s'inscrit pas dans l'approche du pouvoir pourrait, à tout moment, être assimilée à un acte de trahison.





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